Pourquoi les élevages veulent nous la mettre à l’envers en nous vendant des poules pour « les sauver » ?

Nombreux sont ceux qui, partant d’une bonne intention, soutiennent le rachat de poules de réforme aux élevages. Les poules de réforme sont, en réalité, des poules âgées de 16 mois, sur une espérance de vie de 8 ans, qui sont envoyées à l’abattoir pour être remplacées par un nouveau lot de poules plus productives.

Les poules pondeuses, dans les élevages tant industriels que « plein air » et biologiques, ne sont rien d’autres que des machines à pondre, c’est-à-dire des machines de production d’oeufs. Par conséquent, lorsque l’animal baisse en productivité, il est remplacé par un autre, plus productif, et envoyé à l’abattoir tel un déchet. Les poules pondeuses de réforme ne sont ainsi rien d’autre que les déchets des élevages de poules pondeuses, qu’ils soient intensifs ou biologiques, je me répète !

Depuis quelques années, il est devenu une mode de racheter des poules de réforme aux éleveurs pour les « sauver » et leur épargner l’abattoir, mais à quel prix ? C’est bien ça le problème ! Si on pouvait les récupérer sans donner d’argent à l’élevage, la question ne se poserait même pas ! Acheter des poules de réforme aux élevages, tout comme l’achat d’oeufs ou l’achat d’animaux morts, contribue directement à leur rentabilité. En effet, les élevages  ne sont, rappelons-le, rien d’autre que des entreprises lucratives dont le but n’est autre que de générer de l’argent.

Je vais donc vous démontrer, en quelques lignes, les raisons pour lesquelles le rachat d’animaux vivants aux élevages dans le but de les sauver n’est autre que contre-productif, notamment pour les futurs animaux qui suivront, et qui seront à leur tour exploités puis envoyés à l’abattoir par ces mêmes élevages.

1 – Cela permet aux élevages de mieux valoriser leurs déchets.

En effet, les élevages veulent qu’on les paie pour récupérer leurs déchets, mais en prime, ils nous demandent un prix beaucoup plus élevé que ce qu’ils gagneraient normalement ! En effet, alors les abattoirs acceptent de donner 50 cents maximum par poule (voir le prix en temps réel : … ), l’élevage les vendent aux particuliers et associations non-agrées minimum 2.5€ par poule (prix allant maintenant jusqu’à 4.5€) ! Cela leur permet alors de gagner au minimum 2€ supplémentaires par poule (pouvant donc aller jusque 4€). Cela correspond à au moins 4 fois plus d’argent que prévu (pouvant donc aller jusqu’un gain 8 fois supérieur). Du point de vue d’une entreprise, récupérer de 2 à 4€ pour un déchet, c’est tout bénéf’ !

2 – Cela permet d’assurer le rachat des futures poules à exploiter et abattre ou, pire, agrandir l’élevage pour en exploiter et abattre davantage. 

En effet, tout profit supplémentaire généré par une entreprise peut être réinvesti. Dans le cas d’un élevage, cet argent pourra permettre de racheter un prochain lot de poules (probablement pas les suivants qui sont déjà commandés, mais certainement ceux d’après) ou pourra être réinvesti pour permettre d’agrandir l’élevage et augmenter l’espace pour accueillir de plus grands lots de poules.

3 – Acheter des oeufs et des poules vivantes revient au même : Ça entretient financièrement les élevages, mais ça rapporte encore plus.

Contrairement aux oeufs qui est le produit « final » vendu par l’élevage, les poules ne sont rien de plus que des machines à remplacer tous les 2 ans, et donc des déchets. Générer de l’argent sur des déchets est d’autant plus ingénieux, financièrement parlant, et l’est encore plus lorsque les consommateurs font des pieds et des mains pour les acheter (et vous faire de la publicité gratuitement).

4 – Cela leur permet de vendre plus rapidement leurs « déchets » et de les remplacer par des animaux plus productifs tout en réduisant leurs frais.

En plus de revendre les animaux plus cher que prévu, cette pratique permet aux élevages de revendre et remplacer leurs animaux plus rapidement, mais aussi de le faire à un moindre coût ! En effet, alors qu’en temps normal, ils douvent payer l’enlèvement (transport) des animaux à remplacer vers l’abattoir, maintenant les particuliers viennent les chercher d’eux-mêmes, en plus de payer plus que prévu ! Cela permet donc de gagner du temps, de l’argent et d’améliorer leur productivité.

5 – Cela permet à l’élevage de redorer son image, en utilisant la sensibilité des gens tout en y gagnant financièrement.

En effet, les élevages n’épargnent évidemment pas la vie de leurs poules par bonté ou bienveillance mais uniquement parce que cela leur permet de les vendre plus cher, en utilisant la sensibilité des gens qui s’opposent à ces exploitations. Cela permet donc aux élevages, en acceptant d’épargner l’abattoir aux poules, de se créer une très belle image.

6 – Cela épargne des poules à court-terme pour en condamner encore plus à long-terme. 

Au plus l’élevage sera rentable financièrement, au plus il perdurera et au plus les poules seront remplacées par de nouvelles, exploitées puis abattues après 2 ans. Chaque poule vendue sera remplacée par une autre, et ensuite une autre et encore une autre, tant que l’élevage sera rentable financièrement ; une rentabilité financière qui est d’autant plus entretenue lorsque l’élevage vend ses poules X fois plus cher aux particuliers et associations non-agrées.

7 – Cela entretient et cautionne le broyage des poussins mâles en amont dans les couvoirs d’où sont issues chaque poule.

Chaque poule, qu’il s’agisse d’un élevage industriel, plein air, biologique ou encore d’un petit élevage local du fond de nos campagnes, provient de grands couvoirs dans lesquels les poussins mâles, inutiles à la production d’oeufs, sont éliminés dès la naissance. Cette élimination se fait soit par gazage, soit par broyage, soit par étouffement.

8 – Cela ne remet pas en question l’utilisation des poules pour la consommation d’oeufs, ni leur statut de marchandise ou de machine de production.

Acheter des poules aux élevages pour leur épargner l’abattoir revient à contribuer, au delà de l’aspect financier, à la considération des animaux en tant que biens de consommation, ressources et objets d’échange qu’il faudrait acheter pour acquérir. Or, cette considération des animaux constitue la raison principale pour laquelle ils sont exploités et abattus chaque jour à travers le monde.

9 – Cela réduit à néant l’espoir de les récupérer sans devoir les acheter.

Le rachat systématique de poules aux éleveurs a permis la mise en place d’un nouveau marché parallèle (similaire aux marchés secondaires en finance), permettant aux éleveurs de mieux valoriser leurs déchets tout en s’octroyant une plus belle image vis-à-vis du public. Ainsi, il n’y a aucun intérêt ni incitant pour eux à les céder gratuitement.

Pour conclure, en rachetant des animaux aux élevages dans le but de les « sauver », ces derniers y gagnent financièrement car nous participons, d’abord à leur santé financière, à leur rentabilité, mais également à leur productivité ! Par conséquent, comme toute entreprise, tant que celle-ci est rentable financièrement, elle perdurera. Tout cela signifie que racheter des poules dans les élevages est contre-productif car ça ne l’affaiblit pas, au contraire, ça l’entretient !

Le principe est le même que de ne pas acheter d’animaux en animalerie pour les « sauver » tout en espérant que ce commerce s’arrête : au contraire, il serait entretenu, rendu retable et donc sitôt l’animal acheté, sitôt il sera remplacé ! C’est un cercle sans fin.


Que pouvons-nous alors faire pour aider des poules pondeuses (et des coqs) ?

1 – Ne pas donner d’argent aux élevages pour ne pas les entretenir financièrement ni les aider à continuer leurs activités !

2 – Adopter des poules et coqs qui se trouvent dans les refuges agréés pour animaux d’élevage qui ne les rachètent pas pour les récupérer ! Les poules y sont souvent en surnombre, ce qui les empêchent d’en recueillir d’autres. Adopter des poules dans les refuges permettra donc d’une part de libérer des places pour en recueillir davantage mais cela permettra également de soutenir leur travail !

3 – Recueillir des poules et coqs provenant d’annonces « à donner » sur internet. Les gens veulent la plupart du temps s’en débarrasser et parfois, s’ils ne trouvent personne, ils les tuent ou les envoient à l’abattoir également.

Une liste des refuges agréés proposant à l’adoption des animaux qui n’ont pas été rachetés aux élevages : https://yourveganbigsister.wordpress.com/refugesoiseauxelevage/

8 réflexions sur « Pourquoi les élevages veulent nous la mettre à l’envers en nous vendant des poules pour « les sauver » ? »

  1. Bonjour, il y a une coquille dans votre texte : « Le principe est le même que de ne pas acheter d’animaux en animalerie pour les « sauver » tout en espérant que ce commerce s’arrête : au contraire, il serait entretenu, rendu retable et donc sitôt l’animal acheté, sitôt il sera remplacé ! C’est un cercle sans fin. ». Si on n’achète pas, l’animal ne saurait pas être remplacé.

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    1. Ils sont souvent remplacés par de plus jeunes.

      Dans le cas des poules, elles sont systématiquement remplacées, mais les acheter revient à donner un revenu supplémentaire aux élevages, ce qui aggrave encore plus les choses pour les poules et futures poules de l’élevage.

      L’exemple des animaleries permet de comprendre pourquoi financer un commerce ne l’arrêtera pas, mais pourquoi ça l’entretiendra, et pourquoi acheter des animaux aux élevages rend impossible l’espoir qu’ils acceptent de les donner un jour au lieu de les vendre.

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  2. Bonjour,
    Merci pour ces informations glaçantes mais efficacement réalistes. Ça permet de se positionner, bravo pour votre clairvoyance et votre courage !
    http://www.claude-fee.com

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  3. Vous oubliez une chose beaucoup achètent des poules aux éleveurs car elles sont moins chères que dans le commerce ou il faut mettre au minimun 10€ pour une

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    1. Ces personnes-là ne souhaitent pas sauver de poules ni d’empêcher les élevages de les envoyer à l’abattoir, cet article ne s’adresse donc pas à elles car elles font partie du problème initial : elles considèrent les poules comme des marchandises et des machines de production d’œufs.

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  4. Dans le monde du Vegan fallait pas s’attendre à avoir à avoir un point positif…en attendant vous manger de la nourriture bourrée d’arôme, de conservateur et j’en passe…mais bon c’est un autre débat

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  5. perso si j’accepte de reprendre des poules pondeuses c’est pour obtenir des oeufs de manière contrôlé car je saurai ce qu’elles ont mangé et élevée de manière respectueuse. Au final si je n’achète plus d’oeufs en magasin, l’industrie est perdante …donc je trouve que les 9 points d’argumentation, qui en faite ne traite que de la rentabilité de l’éleveur décrite en d’autres termes, ne tient pas la route. Bien sur tout le monde ne peux pas se permettre de posséder des pouls chez soit, je conçois…

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    1. Je m’adresse aux personnes souhaitant sauver des poules et empêcher les élevages de les envoyer à l’abattoir, pas à celles qui achètent des poules dans le seul et unique but de récupérer leurs oeufs pour les manger. Cet article ne s’adresse donc pas à toi si tu fais partie du problème initial en considérant les poules comme des marchandises et des machines productrices de nourriture.

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